Deux mobilisations de masse ont été menées contre les mines d'or à ciel ouvert de Medoro Resources à Marmato, dans le département de Caldas, et d'Anglo Gold Ashanti à Cajamarca, dans le Tolima. Dans le premier cas, il est prévu de détruire le centre de la localité, y compris la mairie, l'église, les écoles, l’hôpital et les maisons – causant ainsi un “villagicide” et un véritable déplacement. Et dans le second, une vaste région approvisionnée par la rivière Coello se retrouverait avec trop peu d'eau. La cupidité de puissants investisseurs étrangers et de leurs associés natifs locaux -protégés par le gouvernement national-, s’en prend au patrimoine économique, social et culturel de communautés établies là depuis des siècles.
Ce projet aurait déjà été enterré si le débat sur la pertinence et la légalité de La Colosa avait été mené sans les pressions accompagnant habituellement ces grands projets miniers -sans parler des prix élevés de l'or et du style très contestable d'Anglo Gold Ashanti. Mais la procédure a déjà mal commencé. Un jour, Álvaro Uribe Vélez a annoncé, comme une victoire personnelle, que La Colosa serait la mine d'or la plus grande du monde -affirmation qui a impliqué, afin de l'imposer, le déploiement des pouvoirs de son gouvernement et de celui de Santos. Sur le gros lot que les habitants de Tolima sont censés avoir décroché, il faut dire que les royalties pour la Colombie sont d’à peine 3,2 %, et que, de cela, par la récente réforme, il leur reviendra quelque chose de très proche du 0 %. Leurs conditions seront ensuite pires que celles d'autres projets miniers, où les habitants des régions concernées ne sont pas sortis de la pauvreté -mais ont au contraire subi les impacts négatifs.
Les désagréments et illégalités de La Colosa sont sur le tapis depuis des années. En 2008, Cortolima, l'autorité environnementale, a ordonné la suspension de l'exploration. Et l'année suivante, Diego Alvarado Ortiz, procureur agraire et environnemental du Tolima, a démontré au Ministère de l'Environnement que le projet violait la loi. Mais Anglo Gold Ashanti, avec l'appui du gouvernement, dépense des millions pour faire pencher l'opinion publique en sa faveur. Attitude cynique s'il en est : elle a retiré son patronage au Festival folklorique d'Ibagué parce que, dans les parades, défilaient des étudiants qui critiquaient La Colosa.
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| Montagne qui est explorée par la multinationale pour le projet La Colosa, Cajamarca, Tolima, Colombia |
Ce qui se trame à Ibagué doit alerter les démocrates. Carmen Sofía Bonilla, la courageuse directrice de Cortolima, soutenue par des études du Système d'Information Environnemental de Colombie (IDEAM), a déclaré “affaiblie la ressource hydrique” de la rivière Coello, ce qui signifie qu'on ne peut attribuer des nouvelles concessions d'eau –ni à Anglo Gold Ashanti ni à personne–, parce que le débit actuel suffit à peine pour les actuels utilisateurs, dont la consommation humaine et agricole est légalement prioritaire. Et le problème tend à se compliquer, car l'IDEAM a aussi annoncé que le réchauffement global aurait un impact grave sur le Coello. Devant cette déclaration, un haut fonctionnaire du Gouvernement a exercé une pression sur le comité directeur de Cortolima pour que la directrice annule sa décision, tandis qu'il brandissait des papiers du Contrôleur général des comptes qui n'avaient aucune raison d'être entre ses mains. Le personnage se retrouva à découvert et tourné en ridicule lorsqu'on lui montra une résolution émanant de lui, du temps où il était directeur de Cortolima, qui déclarait “ la ressource hydrique épuisée ” dans le Coello.
Jorge Enrique Robledo
Jorge Enrique Robledo Castillo, né le 11 février 1950 à Ibagué, en Colombie, est un architecte, professeur et politicien colombien. Il est membre du Pôle Démocratique Alternatif et a été choisi par élection populaire pour intégrer le Sénat colombien. Ses positions politiques reflètent la lutte contre le néolibéralisme, la défense des droits et libertés démocratiques, sa position contre l'intervention étrangère, la promotion de l'antimondialisation, la défense du travail, de la production nationale, de l'éducation et de la santé publique. La critique que promeut Robledo est aussi dirigée vers la classe dirigeante colombienne.
Traduction Thierry Pignolet pour Tlaxcala
Edition Fausto Giudice

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