LA FONDATION DE LA CELAC COMME PIERRE ANGULAIRE DE L'INTÉGRATION ET DU DÉVELOPPEMENT DE L'AMÉRIQUE LATINE - Isabelle Vanbrabant


Une rencontre historique de 33 pays d’Amérique latine s'est déroulée ce week-end à Caracas (Venezuela). Ce vendredi 2 décembre [2011] était en effet le jour de la fondation de la CELAC, la Comunidad de Estados Latinoamericanos y del Caribe (la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes).



Une rencontre historique de 33 pays d’Amérique latine s'est déroulée ce week-end [des 2 et 3 décembre 2011] à Caracas (Venezuela).

Ce vendredi 2 décembre était en effet le jour de la fondation de la CELAC, la Comunidad de Estados Latinoamericanos y del Caribe (la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes).

Cette organisation deviendra la pierre angulaire de l’unité et de l’indépendance de l'Amérique Latine. Simon Bolívar, le libérateur de l’Amérique latine, avait déjà lancé un appel au parlement de Panama en 1824 pour une fédération des républiques qui, à l’époque, avaient récemment conquis leur indépendance.

Le président du Venezuela, et du sommet, Hugo Chávez, a souligné que l’Amérique latine est beaucoup plus qu’un concept géographique, c’est une unité historique. Avec la création de la CELAC, on a enfin défini un espace géopolitique séparé. Le président déclarait aussi que la CELAC est un hommage au défunt président de l’Argentine, Nestor Kirchner, qui s’est toujours battu pour l’intégration de l’Amérique latine et des Caraïbes.

Le samedi 3 décembre, les participants ont approuvé à l’unanimité la Déclaration de Caracas ainsi qu’une série de plans d’action autour de thèmes importants comme le trafic de drogues, la sécurité alimentaire, la spéculation financière etc. Certaines positions ont été défendues, comme par exemple la condamnation unanime du blocus des USA contre Cuba et une reconnaissance de la souveraineté argentine sur les Îles Malouines. La fondation de la CELAC est un événement historique, car, pour la première fois dans l’histoire, un organe régional a vu le jour sans les USA et sans le Canada.

CELAC signifie collaboration, intégration et paix. La devise de la CELAC est “Para nosotros la patria es América” (pour nous, l’Amérique est notre patrie). L'Organisation des États Américains (OEA), dont font partie les USA et le Canada, a échoué parce que la domination des USA est beaucoup trop importante. Les USA ont toujours considéré l’OEA comme un projet néo-colonial, ce qui fait que l’organisation n’a jamais apporté le progrès économique et le renforcement de la démocratie et de la souveraineté. Un exemple récent : son incapacité à réagir efficacement face au coup d'État en Honduras.

Les nations d’Amérique latine ont déjà créé des associations multilatérales de coopération économiques comme le Mercosur, la Comunidad Andina, la Comunidad del Caribe,.. En outre, il y avait déjà une collaboration au niveau politique et diplomatique, par exemple les parlements régionaux, ainsi qu’un mécanisme de résolution de conflits avec le Groupe de Rio. A cet égard, la CELAC n'a pas été créée ex nihilo.

Il a été décidé que le sommet de 2013 aura lieu à Cuba. Ainsi, la CELAC montre immédiatement qu’elle prend une autre voie que l’OEA, car Cuba a été exclue de cette dernière entre 1962 et 2009. La CELAC veut ainsi montrer au monde qu’elle en a marre de son statut d’arrière-cour des USA.

Mais le chemin est encore long. Car au sein de la CELAC, il y a des désaccords politiques. Ainsi, la distance politique qui sépare le président vénézuélien Hugo Chávez et le président colombien Juan Manuel Santos est très grande. Les régimes politiques au Chili, au Panamá, au Honduras et au Guatemala ont récemment viré à droite. Il est très probable que tout cela aura un effet négatif sur le processus décisionnel au sein de ce nouveau mécanisme.

Pire encore sont les tentatives de la diplomatie des USA de miner la nouvelle organisation. Le représentant du State Department n’a pas tardé à annoncer que l’OEA est la seule organisation pertinente pour traiter des questions américaines. En effet, la CELAC constitue un danger potentiel pour les USA : il s’agit d’une alliance qui regroupe 540 millions de personnes, habitant sur 20 millions de kilomètres carrés, une union régionale qui possède d'immenses richesses naturelles et qui dispose d’un Produit Intérieur Brut de 6 billions de dollars. Dans la Déclaration de Caracas, il est clair que le but est d’en finir une fois pour toutes avec la semi-indépendance de l’Amérique latine et d’aspirer à une réelle intégration et indépendance.


La date de sa fondation, le 2 décembre 2011, a aussi une valeur symbolique car c'est le 2 décembre 1956 que Fidel et plus de 80 révolutionnaires ont accosté sur la Playa Colorada sur la côte australe de Cuba, avec leur yacht ‘Granma’. Leur objectif était de renverser la dictature de Batista, soutenue par les USA. De plus, la fondation de la CELAC a eu lieu l’année de la commémoration de 200 ans de pensée bolivarienne (el Bicentenario Bolivariano). 

Source : Cubanismo.net