GARCÍA LINERA : LE RÉVOLUTIONNAIRE EST INCORRUPTIBLE, HUMBLE, TRAVAILLEUR ET AU SERVICE DES PAUVRES - ABI



19 décembre 2011 – ABI – Le vice-président bolivien Álvaro García Linera a affirmé samedi que le révolutionnaire véritable ne tire aucun profit personnel, qu’il est incorruptible, humble, travailleur, et qu’il est toujours au service des opprimés et des pauvres.


García Linera a affirmé cela lors de sa participation à la Rencontre Nationale des Groupes de Formation Politique qui a eu lieu au siège de la Vice-Présidence, avec la participation d’environ 150 représentants des Universités Techniques de Oruro, Nacional Siglo XX, Indígena Aymara Túpac Katari, Tomás Frías et de l’Ecole de Formation des Maîtres.

Túpak Katari (1750 – 1781),
indigène aymara qui a mené,
avec son épouse Bartolina Sisa,
une révolte intensive
contre l'empire espagnol
dans le haut Pérou.
"Les élèves de cette école de formation politique sortent avec un esprit d'entraide envers les autres -et rien pour soi. C'est cela un révolutionnaire. Un révolutionnaire est un être incorruptible, dont on ne change pas les idées pour une charge ou un poste, dont on ne change pas les idées avec un salaire, une moto, un compte en banque ou une maison. Il est incorruptible », a-t-il souligné. Il a rappelé que le Président Evo Morales avait assumé le mandat confié par le pays parce qu’il n’a jamais négocié ses idées ou son âme, parce qu’en tant que dirigeant, il n’a jamais remis en question la cause et la lutte du peuple pour de l’argent ou des charges publiques.

Le Christ jaune, Paul Gaughin
García Linera a dit que ceux qui sont disposés à protéger ceux qui sont dans le besoin des abus et de l’arrogance de quelques riches doivent suivre l’exemple donné par Jésus-Christ, Ernesto “Che” Guevara, Túpac Katari, Bartolina Sisa, Zarate Willka, et d’autres qui ont donné leur vie pour que les autres en aient une meilleure.

« Aujourd’hui nous allons nous remémorer la naissance du Christ. Catholiques et non-catholiques, nous sommes tous d'accord qu’il s’agit d’un homme par qui les autres ont eu une vie meilleure. Comme nous sommes d’accord au sujet du Che, de Katari, de Willka, parce qu'aucun d’entre eux n’a lutté pour avoir des châteaux, ou n'a donné du travail à ses amies ou à sa famille. »

Il a précisé qu’au contraire toutes leurs familles avaient été punies, persécutées, assassinées « parce que tous, le Christ à sa façon, puis Katari, ensuite Willka, Bartolina Sisa, Che Guevara, et beaucoup d’autres ont lutté pour que ce soient d’autres qui en bénéficent; ça c'est être un révolutionnaire», a-t-il souligné.

Zarate Willka,
chef indigène de Bolivie,
formé comme militaire dans
l'armée bolivienne et ayant atteint
le grade de colonel.
Dans ce contexte, il a prié les participants au forum de diffuser leur pensée d'histoire et de lutte au profit des autres, “comme le font le président Evo Morales”, et lui-même, sans rien espérer d'autre en retour qu'un profond service au peuple en tant que mandataires et d'où que ce soit.

« Il me revient aujourd'hui d'être vice-président, demain concierge : c’est pareil, ça ne m’apportera rien d’être vice-président ou concierge -car la seule chose que je possède se trouve dans ma tête, que je le porte et le diffuse partout. La seule chose qui fasse la valeur d’une personne, c’est ce qu’il a dans la tête et dans le cœur, c’est cela être révolutionnaire. Et ce que nous avons à apprendre, ce sont des idées mais aussi des actes. », a-t-il insisté.

A son avis, le révolutionnaire et la révolutionnaire sont les premiers à se sacrifier. Il dit qu’un leader est celui qui assume les tâches les plus difficiles, celui qui, par l’exemple, montre ce qu’il y a à faire -qu’il soit président ou vice-président. Il est toujours le même « incorruptible, il se sacrifie, il est engagé, simple, travailleur et, par l'expérience de la vie, apporte ses enseignements par la parole», a-t-il souligné.

« Je rends hommage à votre effort, à votre but, à votre engagement : il n’est pas facile de se former, de lire, de se préparer, de remplir son cœur de sentiments pour aller parler aux autres en public, dans une réunion. Et encore plus difficile de continuer à se former », a-t-il conclu.

Source en français : Le Grand Soir
Source en espagnol :  ABI

LA FONDATION DE LA CELAC COMME PIERRE ANGULAIRE DE L'INTÉGRATION ET DU DÉVELOPPEMENT DE L'AMÉRIQUE LATINE - Isabelle Vanbrabant


Une rencontre historique de 33 pays d’Amérique latine s'est déroulée ce week-end à Caracas (Venezuela). Ce vendredi 2 décembre [2011] était en effet le jour de la fondation de la CELAC, la Comunidad de Estados Latinoamericanos y del Caribe (la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes).



Une rencontre historique de 33 pays d’Amérique latine s'est déroulée ce week-end [des 2 et 3 décembre 2011] à Caracas (Venezuela).

Ce vendredi 2 décembre était en effet le jour de la fondation de la CELAC, la Comunidad de Estados Latinoamericanos y del Caribe (la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes).

Cette organisation deviendra la pierre angulaire de l’unité et de l’indépendance de l'Amérique Latine. Simon Bolívar, le libérateur de l’Amérique latine, avait déjà lancé un appel au parlement de Panama en 1824 pour une fédération des républiques qui, à l’époque, avaient récemment conquis leur indépendance.

Le président du Venezuela, et du sommet, Hugo Chávez, a souligné que l’Amérique latine est beaucoup plus qu’un concept géographique, c’est une unité historique. Avec la création de la CELAC, on a enfin défini un espace géopolitique séparé. Le président déclarait aussi que la CELAC est un hommage au défunt président de l’Argentine, Nestor Kirchner, qui s’est toujours battu pour l’intégration de l’Amérique latine et des Caraïbes.

Le samedi 3 décembre, les participants ont approuvé à l’unanimité la Déclaration de Caracas ainsi qu’une série de plans d’action autour de thèmes importants comme le trafic de drogues, la sécurité alimentaire, la spéculation financière etc. Certaines positions ont été défendues, comme par exemple la condamnation unanime du blocus des USA contre Cuba et une reconnaissance de la souveraineté argentine sur les Îles Malouines. La fondation de la CELAC est un événement historique, car, pour la première fois dans l’histoire, un organe régional a vu le jour sans les USA et sans le Canada.

CELAC signifie collaboration, intégration et paix. La devise de la CELAC est “Para nosotros la patria es América” (pour nous, l’Amérique est notre patrie). L'Organisation des États Américains (OEA), dont font partie les USA et le Canada, a échoué parce que la domination des USA est beaucoup trop importante. Les USA ont toujours considéré l’OEA comme un projet néo-colonial, ce qui fait que l’organisation n’a jamais apporté le progrès économique et le renforcement de la démocratie et de la souveraineté. Un exemple récent : son incapacité à réagir efficacement face au coup d'État en Honduras.

Les nations d’Amérique latine ont déjà créé des associations multilatérales de coopération économiques comme le Mercosur, la Comunidad Andina, la Comunidad del Caribe,.. En outre, il y avait déjà une collaboration au niveau politique et diplomatique, par exemple les parlements régionaux, ainsi qu’un mécanisme de résolution de conflits avec le Groupe de Rio. A cet égard, la CELAC n'a pas été créée ex nihilo.

Il a été décidé que le sommet de 2013 aura lieu à Cuba. Ainsi, la CELAC montre immédiatement qu’elle prend une autre voie que l’OEA, car Cuba a été exclue de cette dernière entre 1962 et 2009. La CELAC veut ainsi montrer au monde qu’elle en a marre de son statut d’arrière-cour des USA.

Mais le chemin est encore long. Car au sein de la CELAC, il y a des désaccords politiques. Ainsi, la distance politique qui sépare le président vénézuélien Hugo Chávez et le président colombien Juan Manuel Santos est très grande. Les régimes politiques au Chili, au Panamá, au Honduras et au Guatemala ont récemment viré à droite. Il est très probable que tout cela aura un effet négatif sur le processus décisionnel au sein de ce nouveau mécanisme.

Pire encore sont les tentatives de la diplomatie des USA de miner la nouvelle organisation. Le représentant du State Department n’a pas tardé à annoncer que l’OEA est la seule organisation pertinente pour traiter des questions américaines. En effet, la CELAC constitue un danger potentiel pour les USA : il s’agit d’une alliance qui regroupe 540 millions de personnes, habitant sur 20 millions de kilomètres carrés, une union régionale qui possède d'immenses richesses naturelles et qui dispose d’un Produit Intérieur Brut de 6 billions de dollars. Dans la Déclaration de Caracas, il est clair que le but est d’en finir une fois pour toutes avec la semi-indépendance de l’Amérique latine et d’aspirer à une réelle intégration et indépendance.


La date de sa fondation, le 2 décembre 2011, a aussi une valeur symbolique car c'est le 2 décembre 1956 que Fidel et plus de 80 révolutionnaires ont accosté sur la Playa Colorada sur la côte australe de Cuba, avec leur yacht ‘Granma’. Leur objectif était de renverser la dictature de Batista, soutenue par les USA. De plus, la fondation de la CELAC a eu lieu l’année de la commémoration de 200 ans de pensée bolivarienne (el Bicentenario Bolivariano). 

Source : Cubanismo.net

LA CELAC ET LA DÉMESURE DU RÊVE BOLIVARIEN - Ángel Guerra Cabrera


Le sommet constitutif de la Communauté des États d’Amérique latine et de la Caraïbe (CELAC), célébré à Caracas les 2 et 3 décembre, est un événement d’une indiscutable dimension historique. L’on peut dans un cas pareil utiliser ce qualificatif sans avoir peur d’exagérer. A partir de maintenant l’Amérique latine et la Caraïbe s’exprimeront avec leur propre voix au sein du concert international et multipolaire des nations, accéléré par la débâcle du capitalisme néolibéral et les guerres d’agression échouées de Washington. "Le siècle qui vient, [pour l'Amérique latine], ce sera le siècle de l’espoir ; c’est notre siècle, celui de la résurrection du rêve bolivarien, du rêve de Marti, du rêve latino-américain."


Bolívar, Germán Tessarollo, 1996,
Peinture huile sur toile, 104 x 75.4 cm
Musée Bolivarien d'Art Contemporain,
Santa Marta, Magdalena, Colombie
Le sommet constitutif de la Communauté des États d’Amérique latine et de la Caraïbe (CELAC), célébré à Caracas les 2 et 3 décembre, est un événement d’une indiscutable dimension historique. L’on peut dans un cas pareil utiliser ce qualificatif sans avoir peur d’exagérer. La réunion a dépassé les expectatives les plus optimistes grâce à l’esprit démocratique avec lequel celle-ci a été préparée par les amphitryons vénézuéliens en consultation permanente avec les autres gouvernements, à l’ambiance de fraternité dans laquelle elle s’est développée, à l’importance du contenu des documents fondateurs qui regorgent d’un esprit et d’un lexique émancipateurs, indépendants et latino-américanistes. A partir de maintenant l’Amérique latine et la Caraïbe s’exprimeront avec leur propre voix au sein du concert international et multipolaire des nations, accéléré par la débâcle du capitalisme néolibéral et les guerres d’agression échouées de Washington.

Bien qu’au sein de la CELAC existent des nations ayant des politiques néolibérales et d’autres qui la questionnent frontalement, le sommet marque la rupture de la région avec le Monroïsme [de la doctrine Monroe, ndt]. Comme le montrent les expériences passées, ces différences ne doivent pas empêcher son fonctionnement. Il convient de rappeler que le chemin à suivre maintenant ne sera pas exempt d’obstacles endogènes et principalement de menaces exogènes. Dans tous les cas, la magnitude de ses objectifs d’intégration économique, culturelle et politique (qui comprend aussi l’inclusion sociale), protection de la nature et participation citoyenne est inhérent à la magnifique démesure du rêve bolivarien et martien. Ainsi le confirment la Déclaration de Caracas, la Procédure pour le fonctionnement de la CELAC, le Plan d’Action de Caracas et les 20 autres documents adoptés.

Lorsque Bolivar a énoncé cet idéal, ensuite actualisé par Marti, certains ne l’ont pas cru viable, même s’ils l’ont qualifié de noble et splendide ; d’autres n’y ont guère prêté d’attention ; d’autres encore –les empires et les oligarchies– se sont dressés en tant qu’ennemis jurés et ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour le tuer dans l’œuf quand il s’est transformé en projet politique. Mais toujours, même dans les circonstances les plus adverses, il y a eu des personnes qui ont défendu cet idéal et qui lui furent fidèles, comme nous avons pu l’apprécier dans l’intéressant face à face qu’ont eu Cristina Fernández et Hugo Chavez au sujet de l’histoire latino-américaine quelques jours avant le sommet [de la CELAC] en direct à la télévision vénézuélienne [voir ICI, en espagnol].

Bien que l’espace ne me permette pas ici mentionner des noms, la création de la CELAC oblige à rappeler les militants sociaux, révolutionnaires et intellectuels qui ont maintenu vivant ce rêve et l’ont enrichi le long des ans, plusieurs d’entre eux associés à l’Université Nationale Autonome de Mexico. Mais si l’on me demandait de ne citer qu’une seule personne qui durant le XXème et le XXIème siècle a cru, prêché et agi abondamment en faveur de la nécessité d’unir l’Amérique latine et la Caraïbe, ce serait Fidel Castro. Pour citer seulement un fait peu connu, le leader de la Révolution cubaine est la seule personne qui, alors qu’elle n’appartient pas à la Communauté des Etats de la Caraïbe (CARICOM), par décision de tous ses leaders a reçu l’Ordre Honoraire de celle-ci, en "hommage à la ferveur et au sacrifice qui ont accompagné Fidel durant toute une vie de service dédiée à son pays, à sa région et au reste du monde en développement".

Il est bien sur impossible d’expliquer la CELAC sans le travail du groupe de Rio, premier mécanisme de concertation politique nettement latino-américain, et les sommets de l’Amérique latine et la Caraïbe pour le Développement qui ont eu lieu au Brésil et au Mexique. Ils font parti de son corpus, comme le proclament les documents fondateurs. Il est aussi nécessaire de souligner que durant l’étape comprise entre les années 90 et l’actualité, c’est Hugo Chavez qui a été le plus important moteur et instigateur des alliances, des grands accords et consensus, un des principaux artisans des institutions et des contenus solidaires dans les relations latino-caribéennes qui ont rendu possible le fait que la création de la CELAC soit une réussite. On compte parmi ses succès la très importante restauration des relations entre le gouvernement de Colombie et celui du Venezuela grâce à une louable volonté mutuelle.

Il y a 17 ans -4 ans avant de se faire élire comme président-, Hugo Chavez a affirmé à l’Université de la Havane : "Le siècle qui vient, pour nous, ce sera le siècle de l’espoir ; c’est notre siècle, celui de la résurrection du rêve bolivarien, du rêve de Marti, du rêve latino-américain." L’histoire est en train de lui donner raison.

Traduction JARC pour le Grand Soir

DÉCLARATION DE CARACAS : NAISSANCE DE LA CELAC

Réunis dans la capitale vénézuélienne les 2 et 3 décembre, dans le cadre de la création formelle de la Communauté des Etats d’Amérique latine et de la Caraïbe (CELAC), les chefs d’Etat ou de gouvernement de 32 pays de l’hémisphère (550 millions d’habitants au total) ont adopté la Déclaration de Caracas.


Ce document précise la nature de la CELAC : "Un mécanisme représentatif de concertation politique, de coopération et d’intégration des Etats latino-américains et caribéens (ainsi qu’un) espace commun garantissant l’unité et l’intégration régionale ". Il réaffirme que "l’unité et l’intégration politique, économique, sociale et culturelle de l’Amérique latine et de la Caraïbe constituent non seulement une aspiration fondamentale des peuples ( ...), mais aussi une nécessité pour affronter avec succès les défis qui se présentent (à l’Amérique latine) en tant que région".

Mémoire des luttes publie en espagnol et en français (à venir) l’intégralité de cette Déclaration qui expose plusieurs principes et objectifs politiques communs : respect du droit international, de l’autodétermination et de l’intégrité territoriale dans la résolution des conflits ; rejet de l’usage de la force et de l’ingérence ; promotion d’un modèle de développement soutenable pour l’Amérique latine et la Caraïbe fondé sur le renforcement d’une politique de coopération et d’intégration entre les pays de la région et visant à " contribuer à la consolidation d’un monde pluripolaire et démocratique, juste, équilibré et en paix" libéré du colonialisme et de l’occupation militaire ; mise en place de politiques de lutte contre la pauvreté et les inégalités sociales ; renforcement de la coopération Sud/Sud, " axe intégrateur de l’espace commun ( latino-américain) et instrument de réduction des asymétries (en son sein)".

C’est le Chili qui assumera la présidence de la CELAC pour l’année 2012. A ce titre, il accueillera le prochain Sommet de l’organisation. Ce sera ensuite le tour de Cuba en 2013 et du Costa Rica en 2014.

Source : Mémoire des Luttes